Le 2 février 2018  a eu lieu à Paris le comice du houblon, organisé par l'association Houblon de France, l'occasion de faire un point sur l'évolution de cette production.

Comice du Houblon

 

 

Depuis 1958, le nombre de brasserie en France a explosé, passant de 30 à a peu près 1300 en janvier 2018. Un renouveau dû à la réapparition de  brasseries artisanales, caractérisées par une faible production, revendiquant la qualité et les circuits de proximité. Aux territoires brassicoles traditionnels du Nord et de l’Est se sont rapidement ajoutés de nouveaux centres : Bretagne, Rhône-Alpes, ou encore Ile-de-France. Difficile aujourd’hui de trouver une ville ne présentant pas d’offre de bière locale. Une offre qui tend à se diversifier, construite en opposition à l’uniformité des marques de brasseries industrielles. A la traditionnelle pils se substitue barley, Sour, ou encore IPA, véritable étendard du renouveau brassicole, grâce à la force de son amertume, conférée par le houblon. Le point commun de ces nouveaux brasseurs ? Il est avant tout idéologique, suivant l’évolution des attentes actuelles du consommateur. Locavore, prônant le circuit-court, Slow food, cherchant la qualité, Bio en demande de naturel, éthique, en attente de sens.

 

Cette revendication idéologique est le moteur d’une relocalisation des houblonnières en France initiée en 2015. Aux coopératives du Nord et de l’Est s’ajoutent désormais un maillage de néo-houblonniers sur l’ensemble du territoire. Cette relocalisation s’est effectuée en parallèle de l’adaptation qualitative des productions existantes. Aux côtés des houblons amérisants se multiplient les houblons aromatiques ou mixtes – centennial, fuggles, Chinook, Cascade, etc.. de plus en plus recherchée sur le marché des bières artisanales. De plus, la naturalité revendiquée des bières artisanales s’est emparée du houblon. Aujourd’hui, près de 28% des marques de bière produites en France se revendiquent bio. Un enjeu majeur alors que seulement 2% de la surface cultivé en France est certifiée bio. Finalement, par les échanges et la coopération entre producteurs et brasseurs, la filière s’assure une gestion et une adaptation permanente. Un lien humain participant tant à la recherche d’éthique du monde brassicole qu’à la création de sa durabilité.

 

la filière houblonnière française


On compte aujourd’hui 110 néo-houblonniers cultivant des surfaces très diverses de quelques ares à quelques hectares. Voilà 50 ans que la filière houblonnière française s’étiole suite à la concentration des brasseries et la popularisation des lager qui en ont moins besoin dans leur confection. Une brasserie artisanale consomme 10 fois plus de houblon qu’une brasserie industrielle. Aujourd’hui, le développement des surfaces se fait surtout en Allemagne et aux Etats-Unis. Aujourd’hui sur 600 brasseurs enquêtés, 35% utilisent du houblon USA et 20 % seulement du houblon français.

 

 

La filière tente aujourd’hui de s’organiser en association : Houblon de France pour accompagner la redynamisation de la production. L’association s’est donnée comme ambition de proposer des formations pour maîtriser les techniques de production, de mettre à disposition des outils numériques (annuaire, groupe facebook…) d’avoir une veille sur la certification européenne, nécessaire pour commercialiser du houblon en Europe. De tenter de résoudre l’absence de laboratoires spécialisés pouvant proposer des analyses qualitatives de houblons, de favoriser l’accès aux plants de houblon, et d’autres actions. L’association a pris l’initiative d’organiser cette journée pour former, informer les participants sur la culture et l’utilisation du houblon par des interventions de houblonniers et d’experts de la filière brassicole.

 

Le contexte du bio. La demande du consommateur est importante, l’envie des houblonniers d’y répondre aussi : 80% des néo-houblonniers s’installent en bio. Pour ce qui est des brasseurs, la marche n’est pas toujours facile à franchir, comme ont témoignés certains brasseurs : « le prix est actuellement trop élevé et lorsqu’un process est bien calé, il n’est pas facile de changer la recette ». L’aspect artisanal se vend suffisamment bien aussi pour ne pas ajouter de bio selon les brasseurs.

 

Produire du houblon bio

 

Frederic Merkling est intervenu lors du Comice pour présenter les grands principes de production de houblon bio. Il est directeur d’exploitation au lycée agricole d’Obernai (Alsace) et propose une formation sur 70h pour maitriser la conduite technique de la culture de houblon.

 

Frédéric Merkliong c’est 20 ans d’expérience sur la culture du houblon, 31 ha de houblon dont 8 en bio, 11 variétés en bio, 25 t de houblon bio produit en 2017, 4 ha de collection variétale, a participé à l’élaboration des variétés Aramis, Mistral, Barbe rouge.

Actuellement Frédéric cultive en plus de ces 8 ha en bio, 19 ha en conversion. Il est parti dans la production biologique avec en tête que rien n’est acquis et que tout est possible. Voici ce qu’il fallait retenir de son intervention :

 

  • Le houblon est de la famille des orties et adore la silice.
  • Le grand problème de la culture de houblon en bio est le mildiou (peudoperonospora humili) qui est un champignon tellurique. La première tâche est d’éliminer tous les risques d’infection primaire en nettoyant le vieux bois, en détruisant les vielles pousses. Un plant en forme de sapin est atteint et doit être immédiatement asséché.
  • L’épuration se fait à la main ou à l’ébrousseuse pour nettoyer autour des pieds.
  • La plantation est une étape cruciale. Le pied doit être planté à 40cm de profondeur. La densité est de 2 500 à 3000 pied/ha.
  • Après un premier développement, il y a la mise au fil : 3 à 4 lianes sont choisies pour être enroulées autour du fil, les autres sont éliminés. Il faut 50 personnes pour toutes les mises au fil de l’exploitation.
  • La fertilisation est gérée par des apports de compost : 3 à 4 t à l’automne sur engrais vert et 3 à 4 t au printemps. L’apport se fait sur le rang après un buttage et avant un dernier buttage.
  • Une fois la mise à la liane faite, la base du houblon est brulée sur 40cm pour créer une coupure et limiter que le mildiou ne monte.
  • Il faut prévoir des traitements contre les acariens si besoin (actuellement de la poudre de lait en bio mais n’est pas sélectif) et les pucerons.
  • Les maladies sont gérées au cuivre à raison d’un traitement par semaine en début de cycle plus des traitements plus espacés. L’oïdium est géré au soufre en préventif.
  • En mauvaise herbe le houblon sauvage est très problématique et doit être éliminé à tout prix.
  • 100 000 euro d’investissement au départ
  • 2 t/ha de rdt moyen

 

 

 

une culture pour la région Centre-VdL ?

 

Plus de 100 personnes ont participés à ce comice, qu’il s’agisse de houblonnier professionnels, amateurs, artisans brasseurs, industrielles… La journée a été riche en informations et s’est avéré un moment formidable pour remplir son carnet d’adresse avec les numéros des meilleurs spécialistes de la filière.

 

Il en est ressorti pour la partie bio que l’engouement pour les producteurs et les consommateurs est bel et bien là. Le lien avec les artisans brasseurs peut être délicat pour des marques bien implantées et historiquement non bio. Une démarche filière semble indispensable pour créer une harmonie entre les différents maillons de la chaine jusqu’au consommateur. Les références techniques sont plutôt bonnes et les dispositifs de formation sont très complets pour bien accompagner les néo-houblonniers.

 

Quelle perspective peut représenter cette culture pour la région Centre-VdL ? La région n’est pas en reste quant au développement des artisans brasseurs (il n’y a qu’à regarder le rayon bière de votre superette ou votre supermarché du coin). Les productions bio sont encore marginales. Au moins un artisan brasseur (brasserie du Voret) produit en bio et a intégré une houblonnière a son activité. Peut-on imaginer voir émerger des vocations pour prendre le train de la filière houblon bio en marche ?

Romain FREDON, Chargé de Mission Filières végétales (grandes cultures, légumes de plein champ, semences),

02.38.70.91.51 / 06.22.37.20.54, Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 

 

Agenda-colonne

Ils témoignent

  •    “Dans la famille, l’agriculture biologique est devenue un mode de vie, presque une philosophie.”  

  •    "Ce qui me pousse ? L’envie d’être un bon technicien, et de chercher à faire toujours mieux tout en respectant la terre !"

  •    "Pour la fabrication de nos pâtes, nous utilisons un savoir faire traditionnel"

  •    "Il faut être cohérent : quand on est convaincu par le bio comme je le suis, on a envie que ce soit à la portée de tous."

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