Accueil > Lancement du programme CASDAR
Lancement du programme CASDAR
Le programme de développement de la filière légumes de plein champ bio dans les grandes régions centre et nord de la France a été lancé en avril par une rencontre des acteurs de la filière.
Une première en France : le développement de la culture des légumes de plein champ bio au cœur d’un programme interrégional
Issu d’une concertation interrégionale à l’initiative de Bio Centre, le programme affiche des objectifs de développement de la production en légumes de plein champ biologiques[1] dans les zones céréalières de la moitié nord et du centre de la France ; d’amélioration du rendement et de la qualité de la production par l’apport d’un appui technique ; de développement de l’approvisionnement local par la contractualisation entre producteurs et opérateurs.
Le programme a été lancé les 16 et 17 avril à Etampes. Ces journées ont rassemblé les acteurs de la filière, qui ont réfléchi ensemble, le 17 avril, aux actions prioritaires. Ces discussions ont été enrichies des témoignages apportés durant la première journée de rencontre par cinq de ces acteurs.
Première journée : témoignages et visites
Des producteurs en quête de nouveaux circuits de distribution
Denis Renard et Jan Van Overbeke ont évoqué leur expérience de la culture de légumes de plein champ, au niveau technique et économique. Ils affichent des différences dans leur mode d’exploitation, mais partagent de nombreux points communs.
Denis Renard est installé depuis 1995 sur une exploitation irriguée de 65 ha en Beauce, en bio depuis 2002. Il exploite actuellement 60 ha en bio et 5 ha en conversion 2ème année. Sa production de légumes occupe 1/6ème de son assolement. Il l’a d’abord consacrée essentiellement à la betterave rouge et aux oignons, pour répondre à la demande des transformateurs locaux, puis s’est étendue : maïs doux, pommes de terre, et carottes l’an dernier, haricots cette année. Son credo est dans la rotation de 6 ans, "luzerne (2 ans) – légumes – céréales – légumes - céréales", «clé de la réussite».
Jan Van Overbeke, agriculteur belge rompu à la culture bio s’est installé en 2007 dans l’Orléanais, sur une exploitation de 107 ha, dont 45 ha de légumes (betterave rouge, pomme de terre et plant, oignon, carotte, panais, chicorée, haricot, racine d’endives et topinambour). Sa technique de production privilégie la culture « en planches » qui limite l’usage d’engins, et favorise «une bonne activité biologique de la terre et un meilleur enracinement des légumes».
Tous deux commercialisent majoritairement leur production auprès des industries de transformation, mais projettent de développer le marché de proximité, pour «augmenter leur marge». A cet argument économique s’ajoute une raison technique précisée par Denis Renard : «les exigences des industriels sont difficiles à respecter avec un système extensif de rotations». Tous deux associent en effet la luzerne dans leurs rotations, l’un ayant à proximité un site de déshydratation, l’autre utilisant la luzerne comme engrais vert.
Tous deux sont confrontés à l’isolement professionnel. «Il y a peu de collègues qui cultivent comme moi et je souffre du manque d’échanges» confie Jan Van Overbeke. Denis Renard remarque : «actuellement une dynamique se met en place».
Tous deux sont également soucieux du développement de la bio. Jan Van Overbeke regrette le manque de formations spécifiques, «la bio, c’est un autre métier mais il n’y a pas d’école qui permet vraiment de se former. Il manque des informations techniques». Denis Renard, quant à lui, pointe le nécessaire accompagnement des agriculteurs qui veulent se convertir.
Transformateur et collecteur en quête de producteurs
Transformateur et collecteur s’inquiètent : si jusqu’à présent ils sont parvenus assez facilement à trouver des producteurs, ils pressentent que cela deviendra de plus en plus difficile.
Les Conserves du Blaisois ont transformé deux fois plus de bio en 2009 qu’en 2008. La production de bio a commencé avec le maïs en 1999, pour un volume correspondant à 10 ha. En 2009, ce volume est passé à un peu plus d’une centaine d’ha. Pour 2010, les projets de développement visent les petits pois (70 ha contre 20 ha en 2009) et les haricots verts (objectif 50 ha). Pour Olivier de Lataillade, directeur de l’entreprise, «le bio est une bonne voie de diversification pour un outil souple de moyenne taille» , les contraintes liées à cette production spécifique n’étant pas forcément compatibles avec une structure plus importante (baisse des rendements, nettoyage accru).
La coopérative de collecte et de conditionnement Beauce-Champagne-Oignons (BCO) résulte de la fusion de trois coopératives en régions Centre, Champagne-Ardenne et Picardie, représente 60 producteurs et produit 95% du volume commercialisé. La production bio représente environ 250 t/an sur un total de 16000t. Pour Florent Delaunay, responsable du site d’Audeville, le développement du bio implique de «trouver des synergies entre le bio et le conventionnel, trouver des ponts techniques», en cette période où les producteurs «remettent en cause leur formation conventionnelle et se posent des questions».
Les deux opérateurs proposent une contractualisation, stipulant des contraintes quant aux types de légumes cultivés et aux conditions de production, et rémunèrent les producteurs en fonction de la qualité des produits. Les exigences qualitatives sont les mêmes en bio et en conventionnel.
Le distributeur Biocoop en pleine expansion
Ouverte en janvier 2007, la plateforme Biocoop de Sainte-Geneviève-des-Bois approvisionne 80 magasins, dont 76 en fruits et légumes. Elle travaille avec 7 groupements de producteurs français et 2 grossistes (fruits exotiques, produits du Roussillon et d’Espagne). La priorité est donnée aux produits locaux de saison, non issus de serres chauffées et à des variétés présentant de bonnes caractéristiques gustatives. 90% des produits sont planifiés avec les agriculteurs. Les magasins s’approvisionnent principalement auprès de la plateforme pour les produits qu’ils ne sont pas parvenus à trouver localement.
La plateforme entend se placer sur le marché de la restauration hors domicile, se proposant de travailler avec les groupements d’approvisionnement pour compléter ce qu’ils ne peuvent fournir.
Aujourd’hui, la structure arrive à satisfaire la demande et anticipe sur l’avenir en prévoyant un agrandissement de 7000 m² à 12000 m². Signe incontestable que la demande de produits bio est en pleine croissance.
Ces témoignages du premier jour des rencontres ont permis de mettre en lumière certaines difficultés dans le développement de la culture des légumes de plein champ bio. Difficultés sur lesquelles les partenaires ont travaillé le lendemain sur la mise en place de l’appui technique à apporter aux producteurs en conversion et la structuration de la filière.
(La seconde journée est développée sur le site www.bio-centre.org)
Le programme de développement des légumes de plein champ bio 2010 – 2012
Pilote du programme : Le programme regroupe 19 partenaires, dont Bio Centre, pilote de l’action.
(1) Noté LPC Bio dans le reste de l’article